‘This is not miami’
Carrières rêvées et espoirs déçus à l'aune de la mondialisation du football
Ils ont traversé les continents, dépensé des fortunes pour passer, sans garantie, des essais dans des clubs et se retrouvent aujourd'hui isolés au milieu de nulle part, à Sittwe, petit village côtier de l'ouest de la Birmanie. Aboubakar, le ghanéen, Kelvin et Samuel, tous deux du Nigéria, sont footballeurs, et cette saison c'est au Rakhine United Football Club (RUFC) qu'ils jouent, attendant l’improbable opportunité qui un jour, ils en sont sûrs, leur offrira l’accès aux grands championnats de ce monde.
C'est en atterrissant à l'aéroport de Rangoon que Samuel s'était dit, perplexe, "This is not Miami...", comprenant seulement plus tard qu'il y a un monde entre Miami et Myanmar.
Equipe de milieu de tableau, basée dans une région où les exactions contre les musulmans sont régulières, et où depuis début 2019 la guerre civile entre autonomistes arakanais et l'armée régulière fait rage, le RUFC n'était pas le premier choix des garçons. Mais comme le dit Samuel "il faut bien signer quelque part, si tu n'as rien pour l'année, c'est pire".
Alors, ils restent là, toute la saison, sans sortir à cause du couvre-feu, coincés dans un dortoir austère qui jouxte le stade et d'où ils n'émergent que pour aller à la pagode, à l'entrainement ou aux matchs hebdomadaires sur un terrain bosselé, devant un public clairsemé composé de bonzes et de supporters en habits traditionnels birmans. Les semaines passent et les journées se suivent et se ressemblent, loin de l'idéal projeté.
Ballotés de clubs en clubs par des agents peu scrupuleux, les trois font partie de ces jeunes qui, voulant devenir footballeurs professionnels, tentent leur chance dans différentes ligues nationales mineurs, attendant d'être repérés et ignorant tout du pays où ils se rendent et des conditions de vie sur place.
A Sittwe, plongée dans le quotidien des soutiers du football mondialisé; naïfs, parfois trompés, mais fiers également de pouvoir vivoter de leur rêve.